Les Innus revendiquent leurs droits ancestraux sur la rivière Moisie
Des dizaines d’Innus de Uashat mak Mani-utenam se sont à nouveau mobilisés pour revendiquer leurs droits ancestraux dans un secteur de la rivière Moisie, sur la Côte-Nord. Cette communauté autochtone a d’ailleurs envoyé une lettre au premier ministre du Québec pour reprendre le terrain, détenu par une entreprise privée. Samedi, ils ont embarqué à bord d’une trentaine d’embarcations pour accéder aux terrains du Club de pêche de la rivière Moisie, anciennement connu sous le nom du Club Adams. Il s’agit d’une pourvoirie avec des droits de pêche exclusifs privés sur quelques kilomètres. Plusieurs membres de la communauté de Uashak mak Mani-utenam ont participé à des prières avant de se diriger vers la rivière Moisie. Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin Une fois arrivés sur les terrains de la pourvoirie, les Innus ont enlevé un drapeau du Québec qui flottait dans les airs pour le remplacer par celui de Uashat mak Mani-utenam. Plusieurs Innus se sont réunis autour de leur drapeau flottant. Photo : Gracieuseté d'Innu Drone Plusieurs membres de la communauté ont attentivement observé la scène de l’autre côté de la rivière, notamment Liette St-Onge. La rivière Moisie est réputée non seulement pour ses paysages magnifiques mais également pour la pêche au saumon. Au milieu de cet environnement nord-côtier, ce club est très prisé par les touristes étrangers. Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin Des Innus que nous avons rencontrés sont d’avis que ce secteur est un des plus riches en saumon atlantique au Québec. Selon la communauté, la pourvoirie est détenue par des intérêts américains. C’est un club privé. C’est vraiment étonnant qu’en 2025, les Américains puissent encore être propriétaires du territoire et du lit de la rivière au Québec. Le nouveau chef de Uashat mak Mani-utenam, Jonathan Shetush (à droite), en compagnie d'autres Innus et de sympathisants à leur cause. Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin La rivière Moisie est fréquentée depuis fort longtemps par des générations d’Innus. Maintenant, elle est principalement utilisée pour la pêche sportive, avec remise à l’eau. Dans la lettre envoyée au premier ministre François Legault, dont Radio-Canada a obtenu copie, Uashat mak Mani-utenam demande à Québec de transférer les droits de la pourvoirie. Radio-Canada a été en mesure de consulter une copie de la lettre envoyée à Québec par la communauté innue de Uashat mak Mani-utenam. Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin Au moment d’écrire ces lignes, le gouvernement du Québec n’avait pas répondu à Radio-Canada quant aux demandes de Uashat mak Mani-utenam concernant la pourvoirie. Pendant ce temps, nombreux sont ceux qui perçoivent une baisse notable des montaisons de saumon atlantique dans les rivières du Québec. C’est le cas de Steve Vollant, un Innu qui a justement participé à la mobilisation de samedi sur la rivière Moisie. Steve Vollant est un fier Innu de la communauté de Uashat mak Mani-utenam, sur la Côte-Nord. Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin Un peu plus à l’ouest de la Côte-Nord, le constat est semblable pour le président de l’Association de protection de la rivière aux Rochers, Josué St-Amant. Environ 111 saumons sont montés [dans la rivière aux Rochers] en 2024 lorsque les niveaux d'eau étaient bas, comparativement à 300 à 400 quelques années auparavant. M. St-Amant précise qu'il surveille de près la rivière aux Rochers puisqu’il espère une meilleure saison en 2025. 

La rivière nous appartient. On se fait beaucoup narguer par les allochtones. On ne se bat pas seuls. C’est avec toute la communauté
, lance Mme St-Onge.
On se fait interdire de pêcher dans notre propre rivière, qui est notre autoroute pour accéder à nos territoires ancestraux. On veut poursuivre cette lutte [entamée] par les aînés depuis plusieurs années
, indique le chef nouvellement élu de Uashat mak Mani-utenam, Jonathan Shetush.
Intervention de Québec réclamée
[On veut que] Québec rachète le club, puis le redonne aux Innus. On demande aussi [l’ouverture d’un dialogue] avec Québec pour une entente sur la gestion du saumon
, explique le chef Shetush.La rivière Moisie est un joyau naturel qui doit bénéficier en premier lieu à ses gardiens historiques, les Innus de Uashat mak Mani-utenam, mais aussi à l’ensemble des Québécois et non à une poignée de grands propriétaires américains
, peut-on lire dans la lettre.
De moins en moins de saumons
Le saumon est en déclin. On en prend de moins en moins. Quand j’étais plus jeune, mon grand-père, il ramenait cinq ou six saumons [en une journée]. Maintenant, tu es chanceux d’avoir un saumon durant toute la saison
, raconte-t-il.
Il y a moins de saumons, un niveau d’eau bas et des chaleurs. Les pêcheurs se retirent des rivières. Ça amène moins de revenus pour les associations
, indique-t-il.On est vraiment dans le début de la pêche. Nos fosses sont remplies pour le prochain mois. Les deux prochaines semaines seront [déterminantes]
, ajoute-t-il.
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